ASSISES DE L'ISÈRE Fusillade à Fontaine, le 12 octobre 2006 : Dix ans, pour meurtre!!
Pour Me Coutaz, partie civile, c'est un assassinat. Pour l'avocat général, M. Meffre, c'est un meurtre. Pour Me Balestas, à la défense, ce sont des coups mortels.
Trois thèses pour une certitude : Amine Remili, qui a aujourd'hui 27 ans, a tué d'une balle dans le dos Abdessamad ****, 20 ans, le 12 octobre 2006 place des Écrins à Fontaine. Ses contradictions pendant l'enquête, ses silences à l'audience, la mort de l'un des principaux témoins, l'exil de l'autre, ont désespéré la famille de la victime de « savoir un jour la vérité tout court ».
En tout cas son avocat Me Coutaz reste persuadé « qu'il y a eu préparation, qu'il y a eu préméditation », même si « faute d'éléments la vérité judiciaire s'en tiendra au meurtre ».
Abdessamad ****a été attiré ce soir-là sur le territoire de la bande des Écrins, la carabine _ une arme de guerre _ apportée sur les lieux vingt minutes auparavant, et pas forcément par Amine Remili, qui ne serait que « le bon petit soldat » d'un « commanditaire ». Le mobile ? Venger Ersin, ce mineur « protégé » par la bande des Écrins, et brutalisé par celle des Floralies _ à laquelle appartenait Abdessamad **** pour une petite dette de shit ? Ou délivrer un « avertissement » à un rival, peut-être en lien avec « l'appétit de la bande des Écrins sur le marché des stupéfiants » ?
« La partie émergée de l'iceberg »
Il n'est « pas concevable que ce soit pour une dette de 30 ¤ », convient l'avocat général M. Meffre. Mais en réalité, même si « on a la nette impression de n'avoir affaire qu'à la partie émergée de l'iceberg, en droit, le mobile est indifférent. Il n'est pas constitutif du meurtre, qui existe quelles que soient les raisons qui l'ont provoqué ».
M. Meffre ne soutient pas la préméditation, il ignore « si, cinq minutes avant la bagarre, Amine Remili avait l'intention de tuer ». En revanche, il ne doute pas que le geste _ « ou plutôt les sept gestes, il y a eu sept tirs » _ ont été « meurtriers ». Coup par coup, à hauteur d'homme, en courant derrière la victime _ les douilles retrouvées à terre le confirment _ « il a fait ce qu'il fallait pour tuer ». L'avocat général requiert une peine « qui ne soit pas inférieure à dix ans ».
« S'il avait voulu tuer, il aurait pris position et visé Abdessamad **** dès son arrivée », rétorque Me Balestas. Qui s'en tient, pour l'origine du drame, à la dette de stupéfiants que le jeune Ersin refusait de payer à son dealer, et à « l'escalade » de violences qui s'est ensuivie. À l'issue de laquelle souligne-t-il « c'est la bande des Floralies qui est venue » en nombre, sur le territoire des Écrins. Amine Remili n'a tiré que lorsqu'il a vu Abdelssamad **** sortir son couteau contre Ersin, atteint à la tempe, « couvert de sang ». Et sortir, aussi, un pistolet : « la preuve, ce sont les experts qui l'ont trouvée. Il y avait des résidus de poudre sur les mains de la victime, et sur le blouson d'Ersin ». Une situation « paranoïaque », Remili a crié « lâche le », il a tiré. Un « geste désordonné », s'il avait visé, on n'aurait pas retrouvé d'impact sur le toit d'une cabine téléphonique. Une balle, « une de trop », a atteint Abdessamad, « c'était un coup mortel ».
Dix années de prison pour meurtre
C'est dans une ambiance extrêmement houleuse que le verdict est tombé, après trois heures de délibéré. Les jurés ont intégralement suivi l'avocat général : c'est pour meurtre que le président Dubois a prononcé une condamnation à dix années de prison.